vendredi 11 septembre 2009

Louons maintenant les nains mortifères



Au printemps dernier, je sortais avec une fille qui était roadie d'un groupe de rock, quand elle leur a raconté qu'elle sortait avec moi, ils ont dit: Ah, tout ce que veux Lester, c'est sucer la bite de Lou Reed.
Je sucerais la bite de Lou Reed, parce que je baiserais également les pieds de ceux qui ont rédigés la Magna Charta, Je vous laisserez juger cette déclaration comme vous l'entendrez, parce que ce n'est pas à Lou Reed, mais à toi que je me rends, ô toi qui lis ceci. Je me fou d'à peu près tout, mais je sais qu'avec toi je suis toujours entre de bonnes mains.
Je suis un réaliste. C'est pourquoi j'écoute Lou Reed, Et c'est pourquoi je l'idolâtre. Parce que les choses qu'il a écrites, chantées et jouées avec le Velvet Underground ont été pour moi le début d'un véritable révolution dans tous les rapports entre hommes et femmes, hommes et hommes, femmes et femmes, humains et humains. Et je ne parle pas de clones. Je parle de la diversité qui s'étend jusqu'aux étoiles.
Tout le monde part du principe que corps et esprit s'opposent. Pourquoi? (laissons de côté les dix milles ans d'histoire.) Le troglo contre le cérébral. C'est d'un fastidieux! Mais nous marchons toujours dans la combine, tous autant que nous sommes. Le Velvet Underground est le plus grand groupe qui ait jamais existé parce qu'il a commencé à laisse entendre que ça n'était pas comme ça, dans le fait-acte même de la reconnaissance tragique d'un telle opposition au niveau les plus fondamental, et sous les angles les plus extrêmes. Des angles. Ah ! quelle est la différence entre la courbe mammaire d'un déesse du sexe, les fémurs des cuisses d'un mec, et les ailerons d'un Cheveloret 57 ? (Introduire la Chevy dans la comparaison fut l'idée de l'Amérique, idée plus tard perfectionnée par Andy Warhol, et c'est pourquoi il est le prophète de notre funeste destin). Lou a compris très tôt que tout ce que vous avez à faire, c'est toucher la joue des autres, et vous contenter de leur faire une signe de reconnaissance, puis de les laisse et peut être de l'enregistrer et par là, peut-être justifier leur tragédie par les moyens de l'art. Et tout art est un acte d'amour envers les moyens de l'art. Et tout art est un acte d'amour envers toute a race humaine. Ah Lou, c'est la meilleur musique jamais faite, l'intro instrumental de All Tomorrow's Parties c'est comme de voir l'aube se lever sur une rangée de bâtiments à travers les fenêtres de ces cages également hermétiques, ce qui a l'air un peu trop bien formulé, ce qui, je le soupçonne, est l'autre lame qui nous taillade les tripes, les continent qui divisent la littérature et la musique sans se soucier de l'une et et l'autre.
L'avant veille, mon ami John Mortand était là, et nous avons parlé de l'Iran, et de l'avenir de cette ambassade où nous vivons. Nous avons fini par tomber d'accord sur le fait que nous étions des expatriés dans notre propre patrie et qu'est ce que ça faisait de nous? Des exilés de la grand rue. Ce qui n'est exactement là où tu as toujours été, Lou, ce qui est pas un mauvais endroit pour vivre. Si tu te sentais "chez toi" là bas, tu serais vraiment psychotique. Mais tu as appris ça il y a longtemps.
Nous finirons là bas , d'une manière où d'une autre, probablement à boire des bières avec nos parents à nos cotés,et ils sauront ce que personne d'autre ne doit savoir, que l'innombrable péché, l'amour qui n'ose pas dire son nom, le camé, se sont finalement retournés contre eux.

Lester Bangs, extrait de notes sans titres sur lou reed, 1980

(j'avais recopié ce texte une nuit, autant le coller ici plutôt que de poster des chansons à la chaine, encore une fois, il s'agit du texte le plus court que j'ai trouvé, jamais publié et mal traduit évidemment)

3 commentaires:

  1. Merde, au début je croyais que tu te tapais vraiment une roadie. :))

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  2. J'en étais sur ! Mais faut quand même être vicieux pour sortir avec une roadie... Heureusement le nom de Lester est présent tôt dans le texte, sinon tout le monde aurai cru que j'ai follement envie de Lou ...

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  3. Y a encore 30 ans, je dis pas avoir envie de Lou Reed. Aujourd'hui, ça aurait été plus surprenant voui. :))

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