dimanche 3 février 2008

Supermayer - Save The World



"L'electro allemande avait-elle besoin d'un concept album
? C'est la question que je me pose quand débarque Save the World de Supermayer. Pour peu que vous suiviez l'actualité Kompakt et que vous ayez internet, vous le savez déjà certainement, derrière ce duo d'improbables super-héros se cachent le boss de Kompakt, Michael Mayer, accompagné d'Askel Schaufler, plus connu sous le pseudonyme de Superpitcher. On l'a souvent vu dans le rock, là où il y a concept, il y a lourdeur, pompe et affectation. Mayer et Schaufler sont pourtant loin de toutes ces prétentions. Save the World s'affiche plutôt comme le moment de détente de deux personnalités incontournables de l'electro contemporaine, la pause de deux artistes certainement fatigués de porter les étiquettes de "roi du mix minimal" (Mayer) ou de "petit prince de la techno mélodique" (Superpitcher). Une manière de souffler avant de replonger dans le grand bain de l'actualité, si vous voulez. D'ailleurs, après l'intro, malheureusement trop courte, du magnifiquement hallucinée "Hey", c'est sur "The Art of Letting Go" (l'art de se laisser aller) une véritable déclaration d'intention en forme de manifeste, que s'ouvre Save the World. Le propos est clair : "Détendez-vous et appréciez la façon dont nous nous sommes amusés en enregistrant ce disque pour vous."Décontracté, psychédélique même, Save the World divague volontiers en assumant sa schizophrénie. On pourrait même parler de "personnalités multiples" ici, tant le duo singe styles et genres avec humour et distanciation. Exotica sur "Cocktail for Two", acid transe progressive sur "Two of Us", délires psychotropes sur "Superbrain Transmission", fanfare electronica sur "Us and Them", la bonne vieille rave sur "Planet of The Sick", etc. D'ailleurs comme certains de ces titres évoquant les pulps des 50's peuvent le laisser penser, Save the World est aussi l'illustration sonore d'une histoire. En effet, nos deux héros prennent vie sous la plume du dessinateur Daily Kat dans un comic book qui accompagne le CD. Une BD qui paraît également dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Save the World serait donc la première "BD héroïque techno" des temps modernes, si la hollandaise Miss Djaxx (la Miss s'incarne en effet dans une série d'aventures inspirées des super-héros de Marvel Comics et dessinées par le célèbre graphiste de Transmat, Alan Oldham) et l'américain Blake Baxter (Globus Mix Vol. 2 - A Decade Underground chez Tresor) n'avaient pas déjà eu la même idée. Décidemment, il semblerait que techno et super-héros soient fait pour s'entendre ! Mais cela n'enlève rien au plaisir de découvrir ce projet cependant!
Mais revenons à la musique. Concrètement l'album est clairement scindé en deux. D'un côté les déconnades entre potes, les pops songs gentiment potaches ("The Lonesome King") et l'electronica expérimentale (les petits interludes), de l'autre les morceaux dancefloor qui restent comparables à ce que l'on peut écouter habituellement chez Kompakt. On pense au minimal "Saturndays" qui ne déparerait pas dans le tracklisting d'un futur "Total 9", "Two Of Us (extensed album version)", ultra-hypnotique et bien meilleur que sur Total 8, mais également "Planet of The Sick" malgré son côté housey rigolo et surtout l'ample "Please Sunrise", qui réunit les deux meilleurs producteurs de l'époque dans un exercice de techno pop de haute volée. Alors bien sûr, si les pop songs pêchent souvent par excès de simplicité (l'exercice du songwriting n'est pas celui dans lequel excelle le duo, même si les mélodies sont souvent jolies), les morceaux "four to the floor", eux, sont pour la plupart réellement réussis.

Au final s'il ne sauvent pas le monde, Supermayer propose tout de même un album distrayant qui ne restera peut-être pas dans les annales du label comme un pic de créativité mais offre au moins l'avantage de nous remettre progressivement dans le bain d'une rentrée une fois encore menacée de congestion."
Excellente chronique de Maxence sur le non moins excellent blog de Fluctuat.


Supermayer - The Art Of Letting Go

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