mercredi 28 novembre 2007

The Avalanches

Tel est, donc, le monde musical contemporain ( un monde où plus personne ne joue ni ne chane la moindre note, mais où se crée tout de même, sans conteste ni équivoque, une nouvelle musique). J'avais présupposé que les mixes, les assemblages, le scratch, les cuts et le copier-coller ne pouvaient donner naissance à rien de bon (rien de génial du moins) et c'était vrai tant que l'approche de ceux qui s'adonnaient aux cuts et au copier coller demeurait pour l'essentiel de l'ordre du plagiat: la contribution que disons, Eric B & Rakim ont apporté à leur version de I Know You Got Soul était minimale (c'est la ligne de basse et le beat de Bobby Bird qui définissent le morceau).
Et toute réaction d'ordre musical que pourrait susciter chez vous I'll Be Missing You de Puff Daddy est en réalité une réaction au délicieux riff de Police. On peu admirer le goût, le culot, mais pas la créativité: créer de la musique (créer une oeuvre d'art quelque nature que ce soit) réclame indubitablement d'extraire quelque chose de nulle part, de donner naissance à quelque chose là ou il n'y avait rien auparavant.
Mais à présent, les tenants du cuts et du copier-coller ont haussé la barre. Les Avalanches utilisent tant de samples pour créer une musique qui indéniablement, n'appartient qu'à eux, que les accuser plagiat serait sans objet: autant intenter semblable procès à une auteur qui utiliserait dans ses ouvrages les mêmes mots que d'autres écrivains avant lui. Les Fugees recopient de bonnes grosses séquences de Bob Marley et de Roberta Flack dans leurs carnets, et leur reussite n'en est que plus mince: leur musique est archi-familière, ils n'en dont jammais grand-chose, ils ne lui font jammais grand mal non plus: ils n'en altèrent ni la saveur ni la structure mélodique pour chercher à la transformer. D'une façon ou du autre nous nous sommes débrouiller pour nous convaincre que ça se passe comme ça aujourd'hui. Comme s'il était vieux jeu d'attendre d'un auteur compositeur qu'il nous ponde trois minutes de mélodies inédites.
Mais les Avalanches utilisent des brides de trucs qu'on n'a jammais entendus d'un manière qu'on aurait été en peine d'imaginer; le resultat, c'est qu'ils ont, effectivement crée quelque chose à partir de rien. Frontier Psychiatrist consiste en un beat, des extraits de dialogues de vieux films, quelques bruits déjantés, et un riff de cor repiqué sur un vieil enregistrement sans doute pas très funky de Bert Kaempfert; à partir de ce matérieu peu prometteur , les Avalanches ont crée quelque chose qui progresse jusqu'à son acmé et qui balance (ils se sont même débrouillés pour trouver un rime entre deux répliques de dialoues sans aucun lien entre eux).
Frontier Psychiatrist est un morceau marrant, mais aussi vaguement dérangeant, parcequ'il crée une ambiance est un son assez inédit (phénomène toujours destabilisant en musique pop car en général on peut compter sur elle pour la familiarité émotionelle) : les cors de Kaempfert, d'un mélo quasi comique, indiquent qu'on a affaire à une pochade héroïque, insolite, une sorte de pompe que vient saboter la frivolité des autres sons sous-jacents, mais je ne suis pas certain que la bizarrerie du morceau viennent de là. Selon moi, elle tient plutôt au fait que, tout comme des robots ne peuvent éprouver de sentiments amoureux, une musique produite à partir d'une telle quantité de samples ne peut provoquer, chez l'auditeur, aucun sentiment d'identification à son humeur. On devine qu'elle ne puise aucunement son inspiration dans un sentiment bouleversant, et qu'elle ne s'attend à susciter aucune réaction particulière; c'est une musique crée pour elle même, point barre, et elle le montre.
Je ne cherche pas à sous-entendre par là que Frontier Psychiatrist est un morceau sans mérite, ou raté, car ce n'est pas le cas. D'ailleurs, d'une certaines façon, une création ayant nécessité de tels trésors de patience en impose: une chanson comme Yesterday par exemple, dont on raconte que Paul l'aurait entendue en rêve et l'aurait crue déjà écrite, tant la mélodie lui parraissait familière, semble presque, en comparaison, dépourvue de mérite. Mais s'il est vrai que plus souvent la musique consiste en une expression de soi, alors ce soir éxprimiué lors de la compsition et de l'interpretation est une entité capable déprouver du sentiement (même si le sentiment en question est l'aliénation, l'ennui ou la confusion) et tant d'imprécision émotionelle désoriente l'auditeur. Peut être allons nous nous y accoutumer et apprendrons-nous comment traduire et interpréter des chansons composées à partir de quantité déconcertantes de sources; peut être aussi des adeptes du copier-coller tels que les Avalanches sauront-ils affiner leur art pour amener la musique qu'il créent à coïncider avec des ambiances qui nous sont familières. J'ai tendance à espérer que, aussi longtemps que les gens continueront à faire de la musique de façon simple, ca ne sera pas le cas.
Nick Hornby - 31 Songs




3 commentaires:

  1. Bon bah voilà ce que j'appelle un article!! Respect. Au fait à quand le prochain Avalanches, ça fait un moment que j'en entends parler.

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  2. Ok. Je vais me cacher. Je viens de comprendre le lien vers 31 Songs. Je l'ai évidemment lu en plus, mais bon... J'ai honte :(

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  3. héhé, nan mais c'est peut être un peu ma faute aussi j'aurai du mettre le lien plus en évidence, ou l'expliquer. Je l'ai recu aujourd'hui, et l'article sur the avalanches et teenage fanclub m'ont bien plu. j'aimerai distancier mon rapport a la musique aussi bien que lui.

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